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Les soirées new beat, house ou trance font un carton chez les quadra nostalgiques...

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Les soirées new beat, house ou trance font un carton chez les quadra nostalgiques comme Manu: "La boîte était pleine à craquer, je n'avais jamais vu ça"

Publié le 05 février 2016 à 06h00
Les soirées house, techno ou trance font un carton chez les quadra nostalgiques comme Manu:
 

Fin des années 80, la Belgique a connu un moment de gloire phénoménal en faisant naître la New Beat via ses discothèques réputées pour passer de la musique non conventionnelle. Manu a vécu ce moment exceptionnel et récemment, il a profité de soirées rétro, organisées pour le plus grand bonheur des nostalgiques de cette époque et pour les jeunes désireux de vivre ce que leurs aînés ont connu: "La boîte était pleine à craquer, je n'avais jamais vu ça", s'est réjoui cet ancien clubber de 45 ans.

"Samedi passé, j'ai passé une des meilleures nuits de ma vie", assure Manu, fou de bonheur, après nous avoir joints via notre page Alertez-nous. Le week-end dernier, cet ancien clubber de 45 ans est ressorti à La Rocca, en province d'Anvers. Cela faisait 7 ans qu'il n'avait pas mis les pieds dans une boîte de nuit. "C'était plein massacre, affirme cet informaticien vivant à Rocourt. C'était encore pratiquement impossible de bouger vers 3, 4 heures du matin, tellement il y avait du monde. Les gens dansaient, criaient, encore plus que dans les boîtes il y a 20 ans. Il y avait des femmes de 45 ans qui dansaient sur les podiums!".

Manu n'est pas allé n'importe où. Il s'est rendu à une soirée Illusion Re:United, organisée à La Rocca, située à Lier (l'Illusion est un ancien club de Lier qui a dû fermer ses portes, ndlr). Il s'agit d'une soirée mettant à l'honneur une période bien précise de l'histoire de la musique en Belgique: l'âge d'or de la Trance et de la New Beat, de fin 80 à 2000. "Ce sont les DJ de l'époque qui mixent la musique de l'époque, explique Manu. C'est tout ce qu'on appelle "Old school", "Rétro", "Trance", "House", etc."
 

Manu retourne aux soirées "Trance" qu'il a connues il y a 20 ans

Attention, il ne faut pas confondre. On connait tous les soirées "Années 90", dont les célèbres "God Save The 90's" organisées partout en Belgique depuis plusieurs années. Lors de ces soirées, les DJ passent les titres d'anciennes gloires de la Dance Music, comme Ace of Base, Dr Alban, Gala, 2 Unlimited, ou du grunge, comme Nirvana, Hole, voire du métal, comme Rage Against The Machine ou encore de la brit pop comme Blur ou Oasis. Mais cela reste de la musique dite "commerciale", c'est-à-dire grand public. Les soirées dont Manu parle concernent un mouvement de sous-culture qui revendiquait à l'époque (et revendique encore) son côté alternatif, underground. L'une des chansons les plus emblématiques de ce mouvement est "Universal nation", une chanson de Push, le DJ et producteur belge "M.I.K.E." Dierickx. 



Avec ses amis, Manu allait en boîte à... 10h00 du matin!

Tout a commencé dans les années 90. A l'époque, Manu "sortait comme tout le monde", mais un jour, ses amis l'ont emmené au Carat, un afterclub situé à Bouwel, en province d'Anvers. Le principe? La boîte de nuit ouvrait ses portes le dimanche dès 7h00 du matin, et le lundi, dès 8h00. "On arrivait vers 10h00, moi j'y restais toute la journée, se souvient le quadragénaire. Vers 17h00, la grosse foule arrivait et c'était plein jusqu'à 22h00. Puis, les gens partaient vers un autre club, comme la Rocca par exemple". A l'époque, les clubbers s'amusent à passer d'une boîte de nuit emblématique à l'autre, en attendant parfois de très longues heures dans la file.
 

"Sur la piste de danse, il m'est arrivé de pleurer en écoutant certains morceaux tellement c'est beau"

Mais ce que Manu retient de ces moments, c'est la découverte d'un style de musique jusque-là inconnu. "Là, j'ai entendu la musique et j'ai eu des frissons, se souvient le quadragénaire. Tous ceux qui aiment cette musique-là ont eu les mêmes sensations… J'ai des copains qui venaient d'Allemagne exprès pour écouter ces morceaux". A l'époque, Manu avait 25 ans. "Quand j'ai entendu cette musique pour la première fois, c'était phénoménal, renchérit-il. Moi, sur la piste de danse, il m'est arrivé de pleurer en écoutant certains morceaux tellement c'est beau. Ça me donne toujours la chair de poule".

Voici encore un morceau belge jugé culte par Manu: At the villa people - Open Your Eyes.

Les clubbers venaient de plusieurs pays d'Europe pour faire la fête en Belgique

Certains l'ignorent, mais la Belgique a connu une heure de gloire phénoménale dans le milieu de la musique électronique. Entre 1980 et 2000 environ, grâce à leur expérience et leur talent, les producteurs belges de Techno ou de New Beat trouvent le moyen d'atteindre le sommet des charts. Le mouvement techno, plus sombre et propre à la Belgique, est reconnu dans le milieu et l'influence du royaume est alors mondiale. Le Boccaccio, le Cherrymoon, l'Extrême, The Villa, le Balmoral,… la liste des clubs belges réputés est alors interminable. On vient d'Allemagne, de Grande-Bretagne, des Pays-Bas, de France, pour en profiter. Dans chacune de ces discothèques, les DJ jouent de la musique non conventionnelle, ce qui fait leur succès. "Dans les années 90, chaque semaine la Belgique sortait une chanson et ça devenait culte", se souvient Manu.

Ces chansons n'étaient pas diffusées à la radio: il fallait donc aller en boîte pour les découvrir, puis, espérer se les procurer chez un disquaire. Cette passion a même poussé Manu à lui-même devenir DJ pendant quelques années. "J'ai repris un établissement qui ne fonctionnait pas dans le centre de Liège et de 1999 à 2001, on y jouait de la Trance, ça a complètement relancé la clientèle", se souvient-il.
 

Les clubs doivent fermer les uns après les autres: "Tout ce qui faisait notre succès a disparu"

Puis, il y a eu les fermetures obligatoires. Confrontées aux plaintes des riverainsn et à la difficile gestion des drogues en boîte, les mégas discothèques ont fermé les unes après les autres. "Le Boccaccio, le Balmoral,… tout ce qui faisait notre succès belge a fermé, regrette Manu. Bon, c'est vrai que quand des centaines de clubbers quittaient une boîte pour en rejoindre une autre en voiture, ça faisait du boucan. Pour moi, ça les dérangeait qu'il y ait une sous-culture qui était en train de se mettre en place".

Partout, les autorités maintiennent leurs décisions politiques. Les établissements ne rouvriront pas. Manu et ses amis sont alors dépités. "On a essayé d'autres discothèques, mais la musique qui était diffusée était commerciale, déplore le quadragénaire. On était dégoutés. On a été coupés en pleine apogée de cette musique. Aussi bien les clubbers que les maisons de disque. On était devenus LA référence".
 

Le documentaire "The Sound Of Belgium" donne un coup de projecteur aux soirées "rétro"

L'importance de la Belgique dans la musique électronique des années 90, a été illustrée dans le documentaire "The Sound Of Belgium", de Jozef Devillé. A sa sortie en 2013, le film est un succès et ravive un sentiment de nostalgie déjà bien présent chez tous ceux qui ont vécu de près l'avènement de la New Beat belge. Depuis, les soirées rétro se suivent et se succèdent. "Il y avait déjà des soirées rétros avant la sortie du film, mais clairement le documentaire a favorisé le mouvement, estime Josef Devillé, auteur de "The Sound Of Belgium". Les gens en redemandaient. C'est assez logique, dans le sens où le documentaire donne envie de faire la fête".

Des soirées pour clubbers plus âgés: le bon plan pour les boîtes de nuit?

On n'a aucun mal à imaginer le bonheur qu'a ressenti Manu lorsqu'il a décidé de profiter de l'une de ces soirées rétro, organisée pour les nostalgique et amateurs de New Beat. "Pour moi, l'ambiance était meilleure qu'il y a 20 ans, peut-être parce que les gens sont plus âgés donc plus responsables, estime Manu. Je n'ai pas vu de drogue, les gens buvaient, mais de façon responsable. Quand vous regardez les vidéos, vous avez l'impression que ce sont des jeunes de 25 ans, mais quand vous regardez de près, vous vous rendez compte que ce sont des personnes âgées de 35 à 45 ans!" Pour l'informaticien, c'est une bonne affaire pour les clubs qui font venir un public plus âgé, au pouvoir d'achat potentiellement plus important.

Samedi prochain, il a prévu de remettre ça. "C'est la boîte de nuit Le Carat qui organise la soirée où je vais samedi, une soirée dans un ancien bunker, suivie d'une petite after. A nouveau c'est sold out. Les places se sont vendues en prévente uniquement: tout est parti en quelques jours".

Le quadragénaire a le sentiment que l'organisation de ce genre de soirées s'accélère ces derniers temps. "Pour l'instant ça n'arrêta pas, dit-il. Le Boccaccio fait une soirée ce samedi dans leurs locaux originaux".
 

Les jeunes veulent connaître ce que les anciens ont vécu: "Tout le monde est pris dans cette vague rétro"

Une nouvelle vague du mouvement New Beat est-elle en train de prendre forme en Belgique? Pour Geert Sermon, un disquaire qui organise les soirées rétro, il n'y a aucun doute à ce sujet. "Certainement, considère le tenancier du Doctor Vinyl, au centre-ville de Bruxelles. Quand les plus jeunes ont vu le documentaire "The Sound Of Belgium", ils se sont sentis en connexion avec les plus âgés qui avaient vécu cette période de près, et ils ont voulu la connaître aussi. Tout le monde a été pris dans ce mouvement rétro: nos compilations New Beat se sont retrouvées en tête des albums charts, depuis la sortie de la première d'entre elles, en 2013. On en vendait à des jeunes de 18 ans. Ca traverse littéralement les générations".

La New Beat ne serait donc pas un truc de vieux. "Tout le monde est en train de mettre sur internet les cassettes que les gens avaient faites à l'époque, décrit Manu. Au boulot, les nouveaux qu'on engage nous disent que leur morceau culte c'est "Universal national" de Push".

Pour répondre à la demande, quatre soirées rétro sont organisées en ce début d'année 2016. Elles sont intitulées "The Sound Of Belgium", comme le documentaire, et organisées par Geert Sermon, le disquaire. Le 6 février, une soirée New Beat se tient au Balmoral à Gand, puis le 12 mars, au FortyFive à Hasselt, le 2 avril à La Rocca, à Lier et enfin le 16 avril au  Bocca (ex-Boccaccio), à Destelbergen. Alors, tentés?

 

 

Vice.com

On a parlé du clubbing belge des années 1990 avec les gars du Cherry Moon

Révélation

On a parlé du clubbing belge des années 1990 avec les gars du Cherry Moon

 
« À l’époque où j’ai commencé à sortir, tout le monde voulait aller au Cherry Moon. »
13 September 2019, 3:55pm
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Ces légendaires clubs belges et leurs soirées sans fin appartiennent désormais au passé. Ne reste plus que quelques souvenirs principalement flous à parcourir dans notre série VICE « NIGHTS TO REMEMBER ».

Ce week-end, vous pourrez faire la fête dans un nouveau club belge : Radar. Enfin, pas si niveau que ça. Le bâtiment qu’il occupe hébergeait le célèbre Cherry Moon et ses oiseaux de nuit dans les années 1990. C’est en effet il y a près de trois décennies que les clubs belges ont mis notre pays sur la carte de la nightlife et des musiques électroniques. Impossible de ne pas mentionner la New Beat, si chère à notre patrimoine, qui a pu dépasser nos frontières et convaincre les plus curieux de venir festoyer à Gand, Anvers, Bruxelles ou encore Lokeren. Depuis, les années sont passées et d'autres styles ont émergé. Bon nombre de ces clubs, à qui nous devons une certaine notoriété, ont fermé. Certains récemment, d’autres il y a plusieurs années. C’est le cas du Cherry Moon, une boîte techno inaugurée en 1991 et fermée en 2013. On y a passé des sons influencés par la house et la hard trance anglaise et allemande. Aujourd’hui considéré comme culte, ce haut lieu de la nuit ouvre à nouveau ses portes sous l’identité du Radar. Pour l’occasion, on à parlé à son fondateur Rudy Pincé, au DJ résident Youri Parker et à Dimitri Cooman, A&R de l’époque pour qu’ils nous racontent leurs souvenirs d’époque.

VICE : Salut Rudy, tu peux me décrire le Cherry Moon à ses débuts ?
Rudy : Durant la première année du Cherry Moon en 1991, l’établissement était un club commercial qui comptait plus de trois-cent visiteurs par soirée. Plus tard dans l’année, j’ai découvert l’Allemande Marusha und Co et je suis tombé amoureux de son style. J’aimais tellement ce son underground que j’ai demandé à mes DJs de changer immédiatement de style pour suivre ce qui se faisait en Allemagne et à Detroit. Tout le monde m’a dit que j’étais fou et que mon idée allait être un échec. Je ne les ai pas écoutés et j’ai quand même tout changé.

Comment a réagi le public ?
Rudy : Deux mois après ma décision de changer le style musical du club, on comptait mille-cinq-cent visiteurs le vendredi et deux-mille le samedi. C’est à ce moment-là que le vrai Cherry Moon est né.

Quelles ont été les années d’apogée du club ?
Dimitri : Perso, j'ai seulement été témoin de ce qu’on pourrait appeler la deuxième période d'apogée du club, c’est-à-dire les dernières années, de 2000 à 2005. J'étais encore un gamin, donc c'était une expérience incroyable. Le Cherry Moon c'était un tout : la clientèle motivée, les lumières en accord avec le système son, puis cette musique... Mon dieu. C'était la cerise sur le gâteau. Le club dégageait un réel sentiment de communauté. À partir du moment où j’entendais la basse depuis le parking, je me disais : « Ça y est, je suis de retour chez moi. »
Youri : Pour moi c’est difficile à dire. Tellement de choses se sont passées là-bas. Mais je me souviens de ces grands artistes internationaux qui venaient mixer au club. Après leur set, j’imaginais toujours qu’iels rentreraient à leur hôtel pour se reposer. En réalité je les voyais toujours danser dans la fosse avec le public. C’était vraiment cool.

Quelle soirée vous a le plus marqués ?
Rudy : Je crois que c’était celle où Sven Väth, Laurent Garnier et notre DJ résident Youri Parker ont joué la même nuit.
Dimitri : Pour moi c’était simplement ma première nuit. C’était l’anniversaire de Robert Armani et de DJ Ghost. Cette soirée était indescriptible. Quand je me remémore ce moment, je me sens béni d’avoir vécu ce moment avec ce club que j’aime tant et que je fréquente depuis mes 16 ans.

« La famille du Cherry Moon existe encore, elle a juste vieilli. »

Youri, pourquoi avoir décidé d’être résident dans ce club en particulier ?
Youri : À l’époque où j’ai commencé à sortir, tout le monde voulait aller au Cherry Moon. Tous les vendredis et samedis soirs étaient bondés. La musique était innovante et le système son était dingue. Y’avait une vibe unique.

Durant combien de temps y as-tu mixé ?
Youri : J’ai commencé à mixer là-bas en 1995. À l’époque j’étais encore à l’école. J’y suis resté jusqu’à la fermeture, en 2005.

Quelles différences voyez-vous entre le clubbing de l’époque et celui d’aujourd’hui au niveau de la musique, de notre manière de faire la fête et de consommer ?
Dimitri : Pour moi c’est différent, car aujourd’hui je suis DJ, mais je ne suis plus le raver que j’ai été. Je pense que le public est moins frénétiques que quand j’avais 16 ans. L’image de deux-mille personnes en train de sauter comme des fous appartient sans doute au passé, mais l’ambiance du Cherry Moon influence encore de nombreux événements. La famille existe encore, elle a juste vieilli. Mais ce qui est bien, c’est que les jeunes retrouvent le chemin de nos événements depuis ces deux dernières années. La nouvelle génération profite des événements techno que nous organisons. Le Cherry Moon a gardé son surnom de « The house of house », un nom riche en histoire, mais aussi avec un avenir prometteur.
Youri : Les drogues ont toujours été présentes. Donc à ce niveau-là je n’ai pas vraiment vu de différence. Cependant, la manière dont les gens consomment la musique a bien changé. Dans les années 1990, on ne pouvait pas trouver de la musique aussi rapidement. On devait vraiment chercher pour trouver des nouveaux tracks. Du coup, certaines personnes restaient toute la nuit pour pouvoir écouter un morceau en particulier. Aujourd’hui, avec Shazam et Internet, tout est plus simple et tout va plus vite; l’industrie de la musique en a pris un coup. L’ennui s’installe très facilement et le renouvellement des boîtes de nuit doit être de plus en plus rapide. Résultat: l'attitude des gens a également changé. Tout le monde est sur son téléphones à prendre des photos.

Aujourd’hui, les acteurs de la nightlife se plaignent souvent d’un manque de communication avec les autorités. Comment ça se passait à l’époque ?
Rudy : On a eu de gros problèmes avec la police de la ville de Lokeren et la commune. Ils nous faisaient une très mauvaise publicité et ont même fermé le club pendant trois mois. À l'époque, la techno était une musique incomprise souvent associée à la drogue. Mais ce qu’ils ne comprenaient pas, c’est qu’ils nous rendaient de plus en plus populaire et suscitait la curiosité des jeunes, qui sont par la suite venus de France, d’Allemagne, de Hollande… La police organisait des razzias et nous traitaient comme des criminels. Mais on a tenu le coup, moi et les milliers d’amoureux du Cherry Moon.

Comment avez-vous géré cette fermeture ?
Dimitri : La première fermeture en 2005 a été très rude et soudaine car la soirée du réveillon du nouvel an venait d'être annoncée et soudainement, deux semaines plus tard, le club fermait. À ce moment-là, j'ai vraiment eu le sentiment que c'était la dernière. J'ai vu des gens pleurer, des ravers qui se disaient au revoir, c'était comme des adieux au cinéma.

Vous vous souvenez de la toute dernière nuit au Cherry Moon ?
Dimitri : Cette nuit était au top, le club était plein à craquer jusqu’à midi. Si je me souviens bien, la fête a continué jusqu’à 14 heures et je suis parti vers 13h30. Je savais que c'était la dernière soirée de la sorte au Cherry Moon. Ça peut paraître un peu étrange de dire ça à propos d'une soirée en club, mais c'était une soirée émouvante.
Rudy : Le dernier soir, on avait tous les larmes aux yeux et on est restés jusqu'à l’aube. Puis le soleil s’est levé et il était temps de se dire adieu. Une nouvelle période commençait, celle de l’arrivée des festivals techno, et du désintérêt pour les clubs. De plus, les honoraires des grands DJs étaient de plus en plus élevés et contrôlés par de grandes agences. C’était la fin de l’ère underground pour nous. Avant, on pouvait avoir tous les grands noms de la scène techno dans notre club. Plus maintenant. Je pense aussi qu’aujourd’hui, les gens sortent non seulement pour la musique, mais aussi pour une expérience complète. La musique devient parfois même secondaire. Mais le changement est quelque chose de naturel. Au final, je reste un homme heureux et positif qui a eu la chance de vivre vingt-cinq belles années au Cherry Moon.

 

 

 

Vice.com

Des habitués du Café d'Anvers nous ont raconté leur souvenir le plus fou

Révélation

Des habitués du Café d'Anvers nous ont raconté leur souvenir le plus fou

 

 

Ces légendaires clubs belges et leurs soirées sans fin appartiennent désormais au passé. Ne reste plus que quelques souvenirs principalement flous à parcourir dans notre série VICE « NIGHTS TO REMEMBER ».

Après presque trente ans de house jusqu'au lever du soleil, des milliers de fêtards euphoriques et une quantité de coke avec laquelle on pourrait tracer une ligne jusqu'au tropique du Cancer, le Café d'Anvers, c'est fini. Comme le propriétaire n’est pas autorisé à en faire un méga-bordel selon la ville d’Anvers, les portes se sont fermées pour toujours au petit matin de ce dimanche 28 avril.

 

On s'est rendus une dernière fois dans le quartier rouge d’Anvers pour demander aux visiteurs leur meilleur (ou plus étrange) souvenir lors de cette soirée de cloture du club légendaire.

 

Pieter (34 ans)

VICE : Hello Pieter, ça fait combien de temps que tu viens ici ?
Pieter : Depuis mes quinze ans.

« Apparemment, les flics avaient une couverture dans le combi et mon ami a jugé nécessaire de se nettoyer le trou du cul avec. »

Quel est ton souvenir le plus marquant du Café d'Anvers ?
Une fois, un de mes amis qui était DJ résident ici a dévalé les escaliers et s'est cogné la tête. Les sorteurs ont pensé qu'il avait trop bu et l'avaient fait sortir, mais en fait il avait été assommé par le coup. Dehors, il a également atterri la tête au sol et est donc resté allongé devant la porte d'entrée. Il s'est ensuite chié dessus, et comme la police pensait qu'il dormait dans la rue, ils l'ont embarqué. Apparemment, les flics avaient une couverture dans le combi et mon ami a pensé qu'il était nécessaire qu'il se nettoie le trou de bal avec. Il ne se souvenait de rien, mais les policiers lui tout raconté le lendemain, avec force détails.

 

Ça te fait quoi, que ce soit la dernière nuit ?
Ça ne me dérange pas tellement. C'est dommage, mais ces derniers temps, cet endroit se porte de moins en moins bien. La musique a aussi beaucoup changé. Donc pour moi, ce n'est pas un désastre.

 

DJ Pirrès (36 ans)

VICE : Hey Pirrès, depuis combien de temps viens-tu au CDA ?
Pirrès : J'y viens depuis 1997 en tant que simple clubbeur, donc oui, je suis arrivé tôt. Et j'ai mixé ici de 2000 à 2004.

Que penses-tu de la fermeture ?
Plus jeune, je rêvais de pouvoir jouer au Café d'Anvers un jour, mais c'était il y a longtemps. D'après moi, à partir de 2005, le club s'est effondré. La musique est devenue de plus en plus plate. Ça aurait sans doute été bien plus triste pour moi s'ils avaient fermé auparavant.

« La DJ de cette soirée s'était évanoui derrière sa table pendant son set. C'était plein à craquer, et mon pote m'a crié : "Tu joues encore toi, non ? Allez, à ton tour." »

Quel moment tu n'oublieras jamais ?
En 2000, juste avant d’être DJ ici, je venais régulièrement soutenir des amis DJ. Pendant une nuit de fête, je me tenais au milieu de la piste de danse. Soudain, j'ai vu un pote derrière le bar m'indiquer que je devais venir immédiatement. Et qu'est ce que j'y ai vu ? La DJ de cette soirée, Isabel, s'était évanouie derrière sa table pendant son set. Il y avait 1500 personnes à cette époque et l'endroit était plein à craquer. Mon pote m'a dit : « Tu mixes toujours, non ? Allez, à ton tour. » Après cette performance, un magazine néerlandais est venu me demander qui j'étais. Le lendemain, je voyais ma tête dans le magazine, avec le titre de DJ résident à côté. Grâce à cette soirée, j'ai joué ici toutes les deux semaines pendant quatre ans.

 

Nadia (50 ans)

VICE : Hello Nadia, depuis combien de temps viens-tu au Café d'Anvers ?
Nadia : Depuis le début. Lorsque la discothèque a ouvert ses portes, je venais ici en tant que jeune clubbeuse de 18 ans. Un peu plus tard, j'ai travaillé ici et ailleurs comme barmaid.

Pourquoi est-ce que c'était « the place to be » ?
Avant, il y avait la mafia et les Albanais dans le quartier, mais tout était une question de crime organisé. En tant que jeune fille, tu pouvais entrer et sortir d'ici comme et quand tu voulais, alors que maintenant c'est une toute autre histoire. Le quartier est devenu plus craignos, ce qui a également changé l'atmosphère du Café d'Anvers. Maintenant, on peut voir des junkies s'injecter de l'héroïne partout et ça donne une ambiance complètement différente.

« Je n'oublierai jamais que je suis sortie de cette toilette à 11 heures du matin, que j'ai regardé à gauche et que j'ai vu un avion au milieu du Café d'Anvers. Je ne pouvais pas en croire mes yeux. »

Qu'as-tu vécu ici que tu n'oublieras jamais ?
Une nuit, je me suis endormie dans les toilettes, la tête entre les mains. Je n'oublierai jamais que quand je suis sortie des toilettes à 11 heures du matin et que j'ai regardé sur ma gauche, j'ai vu un avion en plein milieu du Café d'Anvers. Je n'arrivais pas à croire ce que j'avais vu et je suis rentrée chez moi, où mon copain de l'époque m'attendait.

 

Il m'a demandé où j'étais passée et j'ai répondu que je m'étais endormie dans les toilettes et que j'avais vu un avion au milieu de la piste de danse. Il pensait que j'étais devenue folle. Par après, il s’est avéré qu’ils avaient vraiment amené et assemblé un avion en trois parties pour la Paradise Party.

 

Endgie (57 ans)

VICE : Hey Endgie, ça fait combien de temps que tu viens ici ?
Endgie : Je viens ici depuis 27 ans. Je me souviens même du premier propriétaire.

« Dans un accès de fureur, mon ami a ensuite mis le feu aux rideaux juste derrière l'entrée. »

Quel souvenir vas-tu retenir de ce club pour le restant de tes jours ?
Michel De Windt, l'un des anciens propriétaires du Café d'Anvers, était ami avec un bon ami à moi. Une nuit, ils se disputaient tous les deux et, dans un accès de rage, mon ami a mis le feu aux rideaux, ceux juste derrière l'entrée. Heureusement, ils sont arrivés à temps pour éteindre le feu, mais cet ami à moi a été interné.

Comme c'est le dernier soir ici, où vas-tu faire la fête le week-end prochain ?
Je n'en ai aucune idée, mais maintenant je vais danser. Bonne chance !

 

Thorsten (27 ans)

VICE : Hello Thorsten, depuis combien de temps travailles-tu ici ?
Thorsten : Je travaille ici chaque week-end depuis trois ans.

« Le duo s'en donnait à cœur joie et tous les visiteurs du Café d'Anvers ont pu profiter d'un peepshow gratuit. »

 

Quel est ton meilleur souvenir du Café d'Anvers ?
J'ai appris très vite que les gens sont de vrais animaux. Les drogues et l'alcool changent énormément les gens et - je l'avoue - je pense que c'est formidable à observer. Une fois, je me trouvais derrière le bar et quand j'en suis sorti, je suis tombé sur deux types qui se taillaient une pipe en public. Le duo s'en donnait à cœur joie et tous les visiteurs du Café d'Anvers ont pu profiter d'un peepshow gratuit. J'étais super mal à l'aise, parce c'était à moi de dire à ces gars que ce n'était vraiment pas correct et de les séparer.

 

Gerasso

VICE : Salut Gerasso, depuis combien de temps viens-tu au Café d'Anvers ?
Gerasso : J'avais 16 ans la première fois que je suis venu faire la fête ici.

« Le souvenir que j'emporterai dans ma tombe, c'est le soir où j'ai fait la fête avec Grace Jones. »

Quel est ton meilleur souvenir du Café d'Anvers ?
Celui que j'emporterai dans ma tombe, c'est le soir où j'ai fait la fête avec Grace Jones. J'avais 16 ans, je paradais en pensant avoir beaucoup à offrir à Anvers, et d'un coup, j'ai été confrontée à la vraie Miss Hollywood. Quand ce genre de truc se produit, c'est tellement surréaliste. Tu n'as plus toute ta tête.

J'ai aussi rencontré l'une de mes meilleures amies ici, Nadia. Elle travaillait derrière le bar et avait une vibe très positive. Ce que je n'oublierai jamais, c'est qu'elle a eu les couilles de me dire honnêtement que je devais arrêter avec toutes les drogues que je prenais. Moi évidemment, je trouvais que ce que je faisais, c'était bien. Mais elle a vu des choses que je ne comprenais pas encore à l'époque. Une amitié de longue date en a émergé.

 

DJ Mayaku (45 ans)

VICE : Salut Mayaku, depuis combien de temps viens-tu ici ?
Mayaku : L'un des premiers, depuis 1993.

Quel est ton meilleur souvenir du Café d'Anvers ?
En 1999, je venais de sortir mes premiers disques chez Wally's Groove World, le label de DJ Koenie. La même année, j'ai été autorisé à jouer au Café d'Anvers pour la première fois. Une soirée que je n'oublierai jamais, c'est quand ils m'ont demandé de faire le support act de Bob Sinclar. Au cours de mon set, j'ai construit la musique petit à petit, et à minuit, j'ai lâché le climax. Tout le monde hurlait, les mains en l'air. Quand vous voyez ça se produire devant vous, c'est un sentiment indescriptible qui vous traverse. Tout ça grâce à votre musique.

« Le Café d'Anvers est le club idéal. Il possède le décor le plus parfait, le meilleur emplacement et un très bon soundsystem. »

Que penses-tu de la fermeture ?
Je pense que c'est vraiment dommage, car le Café d'Anvers est le club idéal. Il a le décor le plus parfait, le meilleur emplacement et un très bon soundsystem. Malheureusement, je pense que le choix de musique de ces dernières années n'était pas le bon pour un endroit comme celui-ci. Mais quand je suis ici avec ma vieille équipe de potes et que je sens cette ancienne atmosphère revenir, je pense que cet endroit a encore de l'avenir. Qui sait, à cet instant, il y a peut-être quelqu'un qui est prêt à reprendre le Café d'Anvers.

 

 

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