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Axwell

 

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L'album de Grimes, intitulé "Visions" est sorti en France au mois de mars.

 

Après le premier extrait "Oblivion", voici le second, "Genesis".

 

 

Oblivion

 

 

LES INROCKUPTIBLES - CRITIQUE

 

Citation

Grimes : princesse des ténèbres

Entre électronique et Europe médiévale, entre peste noire et pop de science-fiction, la jeune et tordue Grimes sort un album fantastique, au sens propre du terme. Flippant et brillant.

De mémoire de journaliste, on navait pas interviewé une jeune fille aussi passionnante, tordue (et charmante) depuis quelques lunes plutôt noires et flippantes, les lunes. Grimes, Claire Boucher pour létat civil canadien, a été élevée dans une tranquillité très relative à Vancouver. Ma famille était très stricte, catholique. Mais jétais une enfant turbulente et je suis devenue une païenne à lâge de 12 ans. Je me suis persuadée que jétais une sorcière : jessayais de jeter des sorts à ma mère.

Cette sauvageonne ne tient littéralement pas en place : elle parle très vite, se perd parfois dans ses raisonnements complexes, est bourrée de tics et de soubresauts. Jolie sorcière passionnée par lart asiatique et par la noire Europe médiévale, elle a vite déménagé à Montréal. Là, elle a développé son art premier, le dessin (beaucoup de squelettes, de mort, de monstruosités organiques), et a, dans le même temps, commencé à se frotter à la musique DIY dans les squats de la ville.

Fascinée par la musique mais pas encore pratiquante, la petite punk découvre la composition sur ordinateur un soir, chez un ami. Sous influence. On avait pris pas mal de speed. Il mavait demandé de chanter sur un de ses projets. On enregistre ma voix, lui bosse sur son ordinateur et je lobserve de près, en me disant que, finalement, ça na pas lair si compliqué. Lui est parti se coucher mais jétais tellement perchée que je me sentais incapable de dormir, je devais faire quelque chose : jai pris lordinateur, je suis allée dans ma chambre et jai passé la nuit à enregistrer des tonnes de trucs.

Grimes était née. Née boulimique : en quelques mois, la demoiselle sort des dizaines de morceaux, maxis et albums (le vaporeux Geidi Primes puis le plus expérimental Halfaxa en 2010 et 2011). Et la hype de monter, jusquà la signature sur le label anglais 4AD, jusquà ce fantastique, au sens propre du terme, Visions.

Un disque dont lhistoire colle à lesprit de sa génitrice. Un peu cinglé, donc. Visions a été enregistré en trois semaines dans la claustration, le noir, la privation de sommeil, le jeûne imposé et les excès de speed. Javais beaucoup lu sur les cloîtres médiévaux, sur Hildegarde de Bingen, sur le jeûne quelle simposait, les visions quelle avait ; ça a eu lair de bien fonctionner pour elle, donc jai essayé. Je lavais déjà fait, et ça a toujours bien marché sur un plan créatif et physique : tu te sens dans lobligation de nourrir le monde, plutôt que dattendre que le monde te nourrisse.

Pop et sombre à la fois, ésotérique jusquà la folie, tribal et futuriste, Visions, ses chansons bizarres et petits tubes vénéneux font un pont passionnant, envoûtant entre musique de restaurant chinois et électronique de science-fiction, entre Fever Ray et Aphex Twin, entre Björk et la peste noire. Lhumain a toujours été obsédé par les squelettes, la mort, la maladie : ce sont le coeur de la plupart des oeuvres artistiques, les plus grandes étant souvent effrayantes et psychédéliques. Cest ce qui mattire, ce que je trouve puissant. Vous êtes prévenus : Visions est puissant. Très puissant.

Source : http://www.lesinrocks.com/2012/02/15/musique/grimes-ecoute-integrale-et-interview-112562/

 

 

LES INROCKUPTIBLES - INTERVIEW

 

Citation

La jeune Canadienne Grimes sort un album étrange, sorcier et pop : il est en écoute intégrale, accompagné dune interview passionnante dans laquelle, du jeûne comme arme spirituelle aux drogues comme nourriture créative, elle raconte tout.

Grimes. Claire Boucher, pour létat civil canadien. Une jeune fille qui a grandi à Vancouver, qui sest imaginée sorcière à 12 ans, a déménagé à Montréal, y a commencé ses dessins ésotériques, y a enregistré quelques tonnes de premiers morceaux étranges et passionnants, envoûtés et drogués, lo-fi et approximatifs. Une jeune fille pour qui, elle le dit elle-même, la "blog hype" a évolué plus rapidement que ses talents de musicienne. Une sauvageonne aussi charmante que marginale, aussi obsessive que passionnante, qui a fini par être signée sur 4AD pour un nouvel album bizarre mais plus pop, Visions, qui restera peut-etre comme lun des disques les plus intéressants de lannée.

En vous perdant dans les étranges méandres de ce grand disque tordu, vous pourrez lire linterview que cette drôle de jeune fille nous a récemment consacré : de sa passion pour lEurope médiévale à sa consommation de speed, du jeûne comme arme créative à sa vie de homeless volontaire, elle nous y a tout expliqué.

ENTRETIEN

Que peux-tu me dire de ton enfance, à Vancouver ?

Claire Boucher : Cest marrant, tout le monde en France me pose cette question, alors quon ne me la pose généralement pas ailleurs Jétais une gamine assez turbulente. Jai été élevée dans une famille catholique, très catholique, mais je suis devenue une païenne à lâge de 12 ans, ce qui est évidemment un peu problématique. Javais vu le film The Craft, et je me suis persuadée que jétais une sorcière Jessayais de jeter des sorts à ma mère

Cétait une réaction à ton éducation ?

Oui. Jai eu une éducation extrêmement stricte. Dans mon école, on nous expliquer que lhomosexualité était quelque chose de mal, tout ce genre de trucs. Mais je ne savais pas quoi penser de tout ça, on vivait au XXIème siècle, je savais quil y avait autre chose que ce petit monde fermé

Tu as toujours conservé cette part de rébellion, en toi ?

Je ne suis pas douée pour accepter lautorité. Je ne suis pas une anarchiste, cest simplement que je déteste que les gens me disent quoi faire. Jaime être totalement libre, et ça explique pourquoi je ne me sens pas capable de travailler avec dautres personnes. Lidée du compromis mest interdite, je dois rester en contrôle.

Tu tes décrite comme une artiste "post-Internet" Que peux-tu men dire ?

Je ne suis même plus certaine davoir un jour prononcé ce mot, que je trouve même un peu prétentieux, même si je suis totalement daccord avec le concept quil recouvre. Concept qui vaut dailleurs pour tous les artistes, sans doute Pour moi, ça implique une différence biologique entre les gens qui ont traversé leur adolescence avec lInternet et ceux qui ont grandi avant quil nexiste. Quand tu as 11 ou 12 ans, ton cerveau commence à tracer des chemins neuronaux qui détermineront ce en quoi tu seras doué pour le reste de ta vie, à quoi ressemblera ton cerveau. Un gamin trace beaucoup de ces chemins, et un gamin apprend vraiment très rapidement. Mais passé un certain âge, ces 11 ou 12 ans, seuls les schémas neuronaux dont on se sert tout le temps survivent, les autres meurent ; si tu étudies le français tous les jours, tu seras bon en français, mais peut-être moins bon en équitation, même si tu étais super doué quelques années auparavant. Et comme lInternet est devenu une partie centrale des vies des gens de nos âges, quelque chose de consubstantiel à nos vies, à nos manières de penser, ça a eu un impact, un impact sans doute biologique ; ça a imprimé une certaine fluidité, la fluidité du réseau, dans le fond de nos cerveaux. Tout le monde dit que les jeunes se lisent plus, cest sans doute vrai, cest le cas de mes jeunes frères ; on na tout simplement plus la capacité de concentration nécessaire Mais je crois que ce trouble de déficit dattention a un impact positif, sur la culture en général, sur la musique en particulier : elle a tellement toujours été définies par genres, cloisonnés, la country, le rock, le goth, mais lInternet a brisé cette aliénation, et tous les champs peuvent être explorés par tout le monde.

Et tu avalais tout ce que tu pouvais, quand tu étais plus jeune ?

Oui. Je me suis passionnée pour Enya, et dautres trucs bizarre, quand javais 11 ou 12 ans ; je naurais jamais pu le faire si lInternet ne mavait pas donné accès à tout. Les occidentaux maîtrisent les codes de la musique occidentale, mais on a souvent plus de mal avec ceux de la musique asiatique. Je connais pourtant pas mal de gens, souvent des jeunes gens, qui au contraire comprennent bien la musique asiatique, parce quils ont pu sy intéresser depuis quils étaient gamins. Jen écoutais quand javais 10 ans, et ça na jamais ensuite arrêté de me passionner. Cest aussi parce quil y a une grande communauté asiatique à Vancouver : pas mal de gens de Honk Kong, pas mal de Japonais, il y a le plus grand Chinatown du monde occidental, javais presque 60% de gens originaires dAsie dans ma classe. Pas mal de monde écoutait du J-rock, jen ai donc pas mal écouté aussi

Comment un jeune cerveau, le tien, arrive à faire le tri dans tout ça, à former sa propre esthétique, sa propre hiérarchie ?

Pour ce qui est de la musique, les choses sont plutôt subconscientes. Cest justement ce truc de la génération "post-Internet" : tu ne fais pas les choses en te référant à quelque chose de particulier, tu les fais sans y penser, car elles existent déjà au plus profond de ton cerveau. Quand je fais de la musique, je ne pense pas à tout ça. Cest après coup que des gens me disent que ça leur fait penser à X ou Y, et je me rends compte quils ont souvent raison, parce que X ou Y était là, quelque part au fond de ma tête.

Dautant plus que ta musique fait référence à beaucoup dautres champs que la seule musique Jai lu le Seigneur des Anneaux, ou le jeu vidéo Zelda tavaient aussi influencée, par exemple.

Jaime penser à ma musique comme une musique de science-fiction. Jai souvent des images très fortes dans ma tête quand je compose ; et jaime aussi mettre un film, Le Cinquième élément ou Ghost in the Shell par exemple, baisser le son, regarder les images et me mettre à écrire. Et quand mes morceaux sont terminés, je fais pareil, je les écoute en regardant des films, jimagine que cen est la bande son, que les personnages dansent dessus. Beaucoup de films de science-fiction, beaucoup de films japonais. Cet album, Visions, me fait penser à quelque chose de beau, mais de mécanique, dasexué, de robotique.

En parallèle à ces aspects science-fictionnels, mécaniques, il y a aussi des éléments très physiques, organiques, primitifs dans ta musique

Je ne suis pas une personne religieuse, mais jai grandi entourée de religion, et lidée ou le concept de religion me passionnent, leffet que la croyance imprime sur un cerveau. Jécoute beaucoup de musique traditionnelle africaine, beaucoup de musique médiévale européenne, et ces sons organiques, tribaux, me touchent profondément. Cest sans doute ce que jessaie de faire avec Grimes : combiner tout ça avec quelque chose de plus clinique et électronique. Je suis très fan dAphex Twin, par exemple, mais jai toujours eu le sentiment que cétait une musique à laquelle il manquait un cur. Jessaie davoir une approche, je ne sais pas si le mot primitif est le bon, mais du moins émotionnelle et organique de la musique électronique.

Quel genre démotion recherchais-tu quand tu écoutais de la musique, gamine ?

Cétait variable. Jétais une enfant assez colérique, donc jécoutais de la musique qui correspondait à ça, Nine Inch Nails par exemple, ou du punk, jen écoutais des tonnes. Mais je me suis éloigné de tout ça, jai trop écouté tout ça, jaime désormais des choses plus douces, plus belles. Tout ce qui est émotif me plait. Ce qui est plat, qui na pas de passion, ne mintéresse pas.

Quand tu as bougé à Montréal, assez jeune, quy cherchais-tu ?

Jy ai déménagé quand javais 17 ou 18 ans. Initialement pour faire une école dart, que jai fini par laisser tomber Lécole dart était une bonne raison en soi pour y déménager, mais Montréal a surtout une scène musicale incroyable. Ca ma semblé incroyable quand jy suis arrivée. Je nécrivais pas encore de musique, je peignais déjà jétais impliquée dans le monde de lart en général. Jallais voir des concerts en permanence, dautant que javais 17 ou 18 ans, mais que jallais dans des endroits où on ne me demandait pas ma carte didentité : je pouvais faire tout ce que je navais jusque là pas pu faire. Jy cherchais de la liberté, de lindépendance, et cest ce que jy ai trouvé. Et cétait vraiment loin de chez moi, à lopposé du continent Montréal a une chance : il y a beaucoup despace, beaucoup dendroits désaffectés, immenses mais qui ne coûtent pas cher à louer. Mon manager, que je connaissais depuis le lycée, y a ouvert un endroit, le Lab Synthèse. Pas vraiment un club, juste un endroit où les gens pouvaient aller, se défoncer, faire nimporte quoi et écouter beaucoup de musique. Six ou sept groupes pouvaient jouer dans une même soirée, cétait assez fou. Et cétait intéressant, parce quil y a eu, quand jy traînait, un rapprochement entre une scène extrêmement noise et quelque chose de plus pop des copains, toujours très saouls, vraiment pauvres, mais qui faisaient des petites chansons plutôt joyeuses Il y a de toute façon, à Montréal, une approche assez pop de la musique noise, ou une approche punk de la pop. Beaucoup dexcellents groupes sont nés à ce moment là, ils faisaient de la pop music, mais qui sécoutait idéalement en étant défoncé à lacide (rires) Le Lab Synthèse, quand il a fini par se faire fermer par la police, sest transformé en Arbutus Records, mon label, grâce à qui je suis là dailleurs. La plupart des groupes qui jouaient au Lab Synthèse ont fini par rejoindre Arbutus Même si les choses étaient souvent totalement formelles, personne ne signait aucun contrat, on découpait nous-mêmes nos pochettes, on fabriquait nos disques. Un truc très Constellation : ils nous ont dailleurs beaucoup aidés, notamment pour la distribution.

Cest à cette période du Lab Synthèse que tu as commencé à écrire de la musique ?

En gros, tout le monde en faisait, mais pas moi, jétais un peu envieuse. Mais javais peur dessayer. Puis jai fini par vaguement commencer, et des gens mont dit "Mais pourquoi tu ne joues pas un concert ? Tu pourrais ne jouer que 10 minutes" Donc jai fini par le faire. Et ça a gagné sur moi, jai compris limportance que ça allait avoir : le premier concert où jai vu les gens danser sur ma musique a été un moment assez extraordinaire. Et comme je ne suis pas une personne particulièrement sociable, ça a été mon moyen de lêtre, sans avoir à lêtre vraiment, si tu vois ce que je veux dire. Tu nas pas à parler à quelquun, mais tu es dans un coin et tu communiques quand même avec tout le monde. Ca ma quand même donné une bonne raison de traîner et de parler avec des gens, notamment avec des musiciens, qui mexpliquaient des trucs, qui mapprenaient des choses. Tout ce que je sais vient de cet apprentissage, de ces autres musiciens me disant comment faire ci ou ça. Jai appris sur le tas. Chaque tournée que jai faite a été un apprentissage. Ca a remplacé lécole, et ça a sans doute été bien plus efficace : plutôt que dapprendre les choses hypothétiquement, tu dois les faire, point barre. Et si tu plantes, si tu fais un mauvais concert, cest terriblement humiliant, et tu sais que tu ne feras plus jamais la même erreur.

Quand tu as commencé à écrire, que cherchais ou trouvais-tu dans la musique que tu ne trouvais pas ailleurs, dans le dessin par exemple ?

Je ne sais pas, cest impossible à expliquer : je suis totalement amoureuse de la musique, et elle moffre quelque chose dindéfinissable que rien dautre ne peut moffrir. Physiquement, sur le plan des émotions, il y a quelque chose dextrêmement puissant dans la musique. Je souffre dun trouble du sommeil qui provoque chez moi des petits tics, je suis constamment en train de remuer, je ne peux pas men empêcher. Et la musique a cette propriété de calmer ces tics, de me donner un rythme, de me calmer. Même quand jétais bébé, mes parents me passaient de la musique en permanence, cétait la seule chose qui me fasse arrêter de pleurer. Ils pensaient que jétais épileptique Je crois que jai toujours voulu faire de la musique, mais ça a vraiment été une question de confiance, je me trouvais nulle, je men pensais incapable. Et puis un jour, je me suis dit "Bon, allez, pourquoi pas"

Jai aussi lu que tu as créé tes premières boucles, sur un ordinateur, parce que tu avais pris du speed avec un ami, et que tu narrivais pas à dormir

(rires) Oui, on avait pris pas mal de speed, avec un copain. Je navais toujours pas commencé à écrire, mais pas mal de gens me demandaient si je voulais chanter sur leurs projets la scène était très masculine, très dominée par les mecs, mais se faire accompagner par une voix féminine était assez hype. Je lai donc fait avec ce copain, on enregistre ma voix, lui bosse sur son ordinateur, et je lobserve de près, en me disant que ça na finalement pas lair si compliqué. Lui est parti se coucher, mais jétais tellement perchée que je me sentais incapable de dormir, je devais faire quelque chose (rires). Jai pris lordinateur, je suis allé dans ma chambre et jai passé la nuit à enregistrer des tonnes de trucs. Je me suis enfin rendu compte que cétait possible. Le blocage était vraiment psychologique : une fois que je me suis décidée, jai compris que ce nétait pas difficile du tout.

Il y a quelque chose dassez psychédélique dans ta musique : lusage des drogues continue à taccompagner, tu continues à écrire, sous influence ?

Je le fais Parfois Lune des raisons pour lesquelles jai fini par quitter Montréal est quon y trouve de la drogue trop facilement. Je vis désormais partout et nulle part : jai donné tout ce que javais et décidé darrêter de payer un loyer. Je suis plutôt psychédélique, en général et même sans drogues, mais cest vrai que je prends du speed ou de lacide. Je naime pas en prendre trop et je ne suggère à personne de le faire, cest addictif et ça peut ravager les gens, mais jaime plutôt ça. Lacide, une ou deux fois par an, pas plus : plus, tu peux vraiment devenir dingue. Le speed est parfait pour lécriture. Je commence à en ressentir le plein effet, le bon effet, au bout de quatre ou cinq heures. Lidéal est de pouvoir rester sur cet effet pendant une journée entière, je peux alors vraiment écrire de bons morceaux.

Tu parles souvent aussi descapisme : quentends-tu par là ? Quessaies-tu de quitter, où veux-tu emporter les gens qui técoutent ?

Jai utilisé ce mot, mais je ne suis pas certain que ce soit le bon. Je vois la musique comme les émotions et la vie, mais sans bureaucratie : je ne brosse pas les dents, je ne paie pas dimpôts, je ne vais pas faire de courses, je ne bavasse pas avec mes contemporains. Quelque chose de très pur. Ce nest pas réel, mais en téchappant de tout ce qui peut être chiant dans le quotidien, tu peux accéder à une forme très pure de la vie.

Et en toi-même ? Tu ressens le besoin déchapper à quelque chose, de dompter quelque chose ?

Je déteste les contraintes, faire tout ce qui mempêche de me sentir pleinement vivante. Je hais répondre aux emails, parler au téléphone. Il y aura sans doute, dans un avenir proche, une apocalypse ; la récession, le chaos mondial, le fait quil fasse si froid ici à cette période de lannée, tout cela est anormal. Il y a de grandes chances que je sois morte dici dix ans : entre temps, jai envie davoir une vie pleine et entière. Fuck it ! Je ne veux pas payer dimpôts, je ne veux pas minquiéter de toutes ces conneries. Et la musique est justement une sorte de libération, de moyen de vivre comme je le veux. Le fait de ne plus louer un appartement est aussi un moyen de méloigner de ce genre demmerdes.

Il y a quelque chose de très sombre dans tes dessins comme dans ta musique : doù cela vient-il ?

Jaime que les choses soient très intenses. Rien nest vraiment bon si ce nest pas en même temps vraiment mauvais, du moins pour moi. Et les choses que jaime sont souvent sur cette frontière un peu spéciale Quand je pense au passé, je me rends compte que les choses les plus belles et les plus fortes que jaie faites dans ma vie étaient les choses les plus douloureuses, les plus effrayantes, les plus noires. Artistiquement, je suis fasciné par lEurope médiévale, qui est assez sombre. Je naime pas les fleurs, regarder une photo ou une peinture florales me terrifie, je ne vois pas lintérêt, je trouve ça absolument vide, cest anormal, ça ne ressemble pas à la vie. Les êtres humains ont toujours été obsédés par les squelettes, la mort, la maladie : ce sont le cur de la plupart des uvres artistiques, les plus grandes dentre elles étant souvent effrayantes et psychédéliques. Cest ce qui mattire, cest ce que je trouve puissant. Si je devais peindre un paysage, je ne pourrais même pas le terminer : ça me tuerait dennui.

Tu as sorti beaucoup de disques, de morceaux, de maxis en assez peu de temps : tu as limpression davoir vite appris ton métier ?

Jai du apprendre en accélérer. Avant que je ne parte en tournée avec Lykke Li, le plus grand show que javais fait était devant 400 personnes ; et cétait de très loin le plus grand, ça ne sétait passé quune fois, puisque le reste du temps cétait plutôt devant 30 ou 50 personnes, 100 au maximum. Là, dun coup, je devais jouer devant 4000 personnes Tu imagines la pression. Je crois que ma "blog hype" a de loin précédé mes vraies capacités de musicienne. Il ma vraiment fallu apprendre vite. Je fais souvent les choses à lenvers. Mais ça me va, je trouve ça génial, cest un challenge qui me pousse à être une meilleure musicienne. Si tu napprends pas, si tu te ne construits pas, tu échoues. Jai quitté mon job, et quand je lai fait, jai su que jallais devoir faire de la musique 24 heures par jour, parce que jallais devoir être bonne.

Et quand tu dis 24 heures par jour, cest presque littéral sagissant de lenregistrement de Visions, non ?

Oui. Jai poussé le principe à lextrême pour Visions. Faire cet album a été incroyablement difficile. Ca ma rendue dingue. Javais décidé de menfermer, littéralement, pour le faire : jétais dans le noir, je ne dormais pas, je ne mangeais pas, je ne voyais personne. Ma co-locatrice venait de temps en temps me voir pour me prier davaler quelque chose, de dormir vingt minutes Mais je ne voulais pas. Ca a duré trois semaines. Je voulais que ce soit comme ça. Je me le suis imposé. Javais beaucoup lu sur Hildergard Van Bingen, sur les méthodes employées dans les cloîtres médiévaux, sur le jeûne quelle simposait, les visions quelle avait ; ça a eu lair de bien fonctionner pour elle (sourire). Donc jai essayé. Javais déjà essayé le jeûne dans le passé, et ça a toujours bien marché sur un plan créatif et physique : tu te sens dans lobligation de nourrir le monde, plutôt que dattendre que le monde ne te nourrisse. Je le ferai sans doute également la prochaine fois que jenregistre un album. Cest un processus émotionnel complexe, surtout dans une période de stress, de création.

En termes de sonorités, dambiance, cherchais-tu quelque chose de particulier, avec Visions ? Il sonne assez différemment des deux précédents

Jessaie toujours de faire des choses différentes. Mon premier album était un peu bancal, psychédélique, le second était carrément plongé dans la sorcellerie. Avant denregistrer celui-ci, je me suis vraiment intéressé aux chanteuses, aux différents types de voix, de production, jétais aussi à fond dans la musique très électronique. Mais la question nétait pas tant celle de comment je voulais que Visions sonne, javais plutôt une idée daura, datmosphère, de vibration, auxquelles je voulais quil colle. Même si ça ne veut pas dire grand-chose (rires)

Il est plus pop, plus accessible que tes précédentes sorties. Tu es daccord avec ça ? Cest quelque chose que tu recherchais ?

Oui, je suis daccord. Je crois que cest simplement le résultat du fait que je suis devenue une meilleure musicienne : cest plus facile pour moi de faire une musique qui ne soit pas lente et lo-fi. Je peux chanter plus vite, je peux jouer plus vite, et évidemment jétais sous speed pendant tout le processus, tout a donc été plus dense.

Il y a des contemporains que tu admires, pour leur esthétique, leur éthique ?

Oui, beaucoup. Pour léthique, je dirais Fugazi. Je déteste le hardcore, mais jadmire lidée qui va avec. Jadore aussi Mariah Carey ou Beyonce et, toujours sur un plan éthique, jadore Michael Jackson : chez un artiste comme lui, tout se confond, sa vie est son art, son art est sa personnalité, sa personnalité infuse dans sa musique, cest quelque chose dassez total. Jadore liconographie de la musique mainstream, qui na jamais vraiment existé dans la musique plus indépendante, tout comme jadore lindépendance absolue de Fugazi, leur manière de nen faire quà leur tête : lier les deux philosophies est ce que je veux faire. Je suis aussi très influencée par mes amis, à Montréal notamment, avec qui il y a eu des pollinisations dans tous les sens. Je pense à Blue Hawaii, Purity Ring ou Austra par exemple, tous ces musiciens canadiens qui donnent limpression de former une scène : ils forment une scène, parce quils sengagent mutuellement, socialement, quils se parlent, quils échangent. Tout le monde influence tout le monde.

Etant donné son esthétique, son histoire, signer sur 4AD a vraiment fait sens

Jai parlé à pas mal de labels, et le seul avec qui les choses pouvaient se faire était 4AD et Beggars. Jai vite compris avec les autres quils allaient vouloir trop de contrôle sur ce que je fais, quil voudraient me faire changer ci ou ça. On me disait déjà "On peut te présenter à de super producteurs !", sauf que je ne veux absolument pas travailler avec un producteur, ça signifiait tout simplement quils ne comprenaient pas du tout qui jétais et ce que je voulais faire. Les gens de 4AD, des gens jeunes, passionnés, qui ne me mettent aucune pression, mont simplement dit "On aime ce que tu fais, on va le sortir tel quel". Et les Cocteau Twins, les Pixies, Dead Can Dance étaient des groupes que javais énormément écouté, mes préférés quand jétais au lycée : tout était donc logique.

Source : http://www.lesinrocks.com/2012/02/15/musique/grimes-ecoute-integrale-et-interview-112562/

 

 

MAGIC RPM- CRITIQUE

 

Citation

Une tête de mort dégueule des rubans noirs, cernés de signes asiatiques peu identifiables et de motifs absurdes. Strictement limité aux trois quarts gauches de la pochette, le dessin laisse place sur sa droite à une mince bande soigneusement organisée, annonçant titres et messages cryptiques en cyrillique. Le tout évoque le pire des fanzines de metal allié à la rigueur d'un graphisme étudié : en un mot, il s'agit de flirter avec l'esthétique du pire pour la repenser en forme d'avant-garde. Toute la musique de Grimes prend ses racines dans cette position hyper casse-gueule, ou beaucoup sy sont brûlés les doigts : dynamiter les limites du mauvais goût, transcender le kitsch pour en faire jaillir le romantisme. Claire Boucher, ce petit bout de Canadienne perpétuellement surexcitée ne cache d'ailleurs pas son affection sincère pour les choses proscrites des canons du bon goût. Son penchant pour les grandes divas des masses. Mariah Carey, dont elle vante l'inhumanité, est par exemple sa chanteuse préférée. De fait, ce troisième album est marqué par l'influence de la pop mainstream, que ce soit dans le chant, les rythmiques redoutablement efficaces ou les synthétiseurs aux sons parfois franchement cheap. Simplement, elle pervertit sans cesse ce socle faussement gênant.

Les mélodies prennent toujours un tour inattendu, se dissolvent dans la réverb', ou se teintent d'exotisme, comme l'immense Genesis qui propulse un gimmick droit venu d'Extrême Orient Chinese High, auraient fait remarquer les compagnons de label Gang Gang Dance. Fraîchement signée sur 4AD, Claire Boucher s'inscrit dans la continuité mystique de la maison de Cocteau Twins (période Treasure, 1984), Dead Can Dance et Gang Gang Dance, donc, plus récemment. Comme ces cousins spirituels, Grimes partage le même genre d'ambitions métaphysiques : le disque s'ouvre sur Genesis, se perd dans la nuit et l'oubli (Oblivion, Nightmusic), et reconstruit le monde par les sonorités réverbérées (Vowels = Space And Time). Le tout livrant, pour rester les pieds sur terre, une réflexion sur la réalité charnelle d'une telle musique (Be A Body, Skin). Grand album contemporain (car transcendant les sous-genres moqués witch house, chillwave et balayant les amalgames faciles entre pop à synthétiseurs et revival eighties), Visions est le disque qui devrait faire exploser tous les charts, dans un monde où Lady Gaga s'appellerait Lizzi Bougatsos, où John Maus remplacerait Justin Bieber. Un monde où les stars de masse, enfin transgressives, aspireraient à l'infinité. On peut toujours rêver.

Source : http://www.magicrpm.com/artistes/grimes/a-lire/chroniques/visions

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mindscape

Je l'ai acheté fin mars...

L'album est très intéressant si bien que j'ai écris ceci début avril :

Conte de Grimes

Il était une fois, à l'aube des années 2000, une petite fille âgée de 12 ans, qui jetait des sorts à sa mère parce qu’elle était persuadée d’être une sorcière... Faut dire que la pauvre était plutôt mal tombée : Elevée dans une famille catholique, les bancs de l’école de Vancouver n’étaient pas plus ouverts d’esprit, il était normal qu’un esprit rebelle allait se manifester tôt ou tard... Ado nourrie au punk, elle profite de son inscription dans une école d’Art pour démanger à Montréal. Attirée par l’Europe médiévale assez sombre avec un goût prononcé pour les squelettes, sa propension à rejeter l’autorité prend le dessus et finit par délaisser ses études pour la musique.

L’aventure musicale de Claire Boucher commence bêtement vers 20 ans. Sa passion pour la musique l’amène à une soirée nourrie au speed avec un pote, enregistrant sa voix pendant que celui-ci bricolait des sons sur son ordinateur. Si l’ami part se coucher, la jeune femme est prise d’une insomnie et d’un besoin urgent de poursuivre l’expérience allant jusqu’à créer quelques trucs. S’en suivi un déclic : Outre le fait de se dire que c'est finalement à sa portée, elle trouve surtout la liberté dont elle avait besoin, loin des contraintes qui selon elle, l’empêche d’être vivante. En quelques mois, elle enregistre quelque titres et sort deux albums «Geidi Primes» et «Halfaxa» (en 2010 et 2011).

Pour la sortie de «Visions», son troisième album, la toile s’enflamme et Grimes se répand comme la peste noire. Enregistré dans des conditions extrêmes (jeûne vs speed) et toujours dans un délais très court (trois semaines), l’ensemble sonne comme des formules magiques combinant des courants musicaux à priori opposés. Imaginez de la synth-pop cotoyant de l’électronica taillée pour le fantastique et la science fiction. Mais ce qui apparait à la première lecture, c’est ce contraste entre des sonorités sombres et cette voix à la éthérée et/ou euphorique qui n’a rien à envier aux chants japonais avec néanmoins quelques gouttes d’autotunes en renfort...

Pour les novices, je conseillerais d’emblée les addictifs «Genesis» et «Oblivion» pour leur accessibilité et la synthèse que j’ai présenté quelques lignes plus haut mais aussi pour mieux tâter le terrain avant d’entrer un peu plus en profondeur. Dans la lignée, l’ensemble me parait assez rétro pourtant ... Si la rythmique de «Color of moonlight» fait étrangement penser à «When doves cry» de Prince, celle de «Visiting value» au «Rent» de Pet shop boys, «Circusmabient» pourrait être un titre musclé de Sandra (célèbre chanteuse allemande des années 80) si elle avait prise une autre direction. Alors que «Night music» ressemble à une autoroute pour groupe des stades sous amphétamines, cet album présente aussi un côté urbain propre au DIY*, «Be a body» joignant sons rave et drum and bass alors que «Vowels = space and time» lorgne volontiers vers une electronica d’inspiration hip-hop.

D’une plage à l’autre, les titres ne se ressemblent pas tant au niveau de la durée (d’une minute trente à six minutes environ) qu’au niveau rythmique. Le contraste se distingue aussi par de titres très calmes entre l’ouverture d’un «Infinite love without fulfilment» dont la présence se justifie que par sa mise en bouche pour ce genre d’album et la conclusion du duo «Skin» / «Know the way» certainement inspirés par la chanteuse Eyna (Claire est une fan). Cela ne dispense pas à «Eight» d’injecter un côté froid issus de la scène indus tandis que «Symphonia IX» constitue la pièce la plus séduisante : Débutant comme un titre de techno, il bifurque au bout de 30 bonnes secondes sur un electro-clash rêveur glissant progressivement vers un côté troublant vers l’étrange assez proche du gouffre.

Finalement, Claire aura réussi à jeter des sortilèges. Ce n’est pas sa mère mais certains médias spécialisés qui semblent envoutés au point de dire qu’il s’agit d’une des sensations musicales de 2012 à l’image des confidentiels énigmatiques cousins sonores Phedre, le membre Doldrums ayant participé au «Color of Moonlight». Pour ma part, la synth-pop et le côté étrange de «Visions» m’a séduit mais me laisse penser qu’une lecture en boucle risque de me mener à l’overdose voir le rejet. Comme toute bonne substance, ces pilules hallucinogènes sont à consommer avec modération.

Visions TOP 5 :

1- Symphonia IX (My wait is U)

2- Circumambient

3- Oblivion

4- Eight

5- Genesis

"Symphonia IX / Genesis / Be a body" sur la BBC, le 20 février 2012

Petite rectif, Genesis n'est pas le second mais le troisième single officiel. Juste après "Oblivion", il y a eu "Nightmusic"

http://www.youtube.com/watch?v=1YuAeeF-2Ec

Modifié par mindscape

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Aegor

Encore une découverte pour moi. Merci, Image postée

Bon je n'écouterais pas cela en continu mais de temps à autres... j'aime bien son single Genesis. Bon par contre le clip ne passe, j'aime pas du tout....Image postée

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mindscape

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Axwell

Mindscape, ton article est top ! :ok:

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Aegor

Sans le vouloir en recherchant sur la discographie de Grimes je suis tombé sur cette petite perle de l'Allemand Nico Pusch. Ce genre de remix deep house me fait encore plus découvrir le talent de Grimes :

http://www.youtube.com/watch?v=7VWM6jeKjDcImage postée

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mindscape

C'est vrai que Vanessa est plus accessible que la majeure partie de "Visions"

Extrait de "Halfaxa", il témoigne de l'évolution technique.

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Aegor

J'aime bien ce titre sorti l'année dernière :

Grimes & i_o - Violence 

 

 

Il existe aussi une une version club mix :

 

 

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captain

En effet, je trouve ça sympa ! Et je ne connaissais même pas cette artiste.

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